Francophonie

GIF Apparue en 1880 sous la plume du géographe Onésime Reclus pour décrire la communauté linguistique et culturelle que la France constitue avec ses colonies, la francophonie s’est aujourd’hui affranchie de cette connotation coloniale pour désigner deux réalités différentes mais complémentaires. Dans son acception la plus large, elle englobe l’ensemble des actions de promotion du français et des valeurs qu’il véhicule sans considération des pays dans lesquels elles s’inscrivent. Au sens institutionnel - on l’écrit alors avec un f majuscule - elle qualifie l’organisation inter-nationale qui regroupe les 51 États et gouvernements membres et quatre Etats observateurs.

Une capacité d’attraction fondée sur le rayonnement du français

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La langue française continue en effet d’occuper dans le monde une place importante, malgré ses faiblesses dans certains secteurs, tels que les sciences dures, le droit commercial ou les relations internationales, et malgré le pessimisme que nourrissent certains propos nostalgiques. Le français est, avec l’anglais, la seule langue parlée sur les cinq continents, elle demeure langue de travail des organisations internationales, en Europe comme en Afrique par exemple où elle occupe une place privilégiée à l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Le français est la langue maternelle de près de 80 millions de locuteurs, ce qui place cette langue au 11e rang dans le monde (sur plus de 2 000 langues comptabilisées) et au 9e rang avec 160 millions, si l’on prend en compte le français langue seconde. Enfin, on évalue à plus de 250 millions le nombre de personnes "capables d’utiliser occasionnellement le français". Au-delà de ces données chiffrées, des enquêtes menées dans de nombreux pays montrent que le français garde l’image positive d’une langue utile, indispensable dans certains secteurs professionnels, mais aussi d’une langue indissolublement liée à des valeurs, à une culture, à des projets de société de portée universelle. La langue française a le privilège d’être mondialement reconnue comme une grande langue de civilisation. C’est ce statut du français qui fonde sa diffusion dans le monde, sa présence dans les systèmes éducatifs et son enseignement. On évalue à 57 millions le nombre d’élèves et d’étudiants qui apprennent le français ou étudient en français à l’étranger, et à 900 000 le nombre d’enseignants concernés.

Une communauté de destin ouverte et tolérante

La Francophonie institutionnelle est récente. Son acte fondateur est la création, le 20 mars 1970, à Niamey de l’Agence de coopération culturelle et technique, devenue depuis Agence de la francophonie. Elle a été voulue et conçue comme une communauté linguistique et culturelle par les pays du Sud eux-mêmes, à la suite des indépendances. Et sans intervention directe de la France : le général de Gaulle était réservé vis-à-vis de la constitution d’une organisation structurée de la francophonie. C’est seulement après qu’il eut quitté le pouvoir que celle-ci a vu le jour. L’Agence de la francophonie, dont on a célébré les trente ans en 2000, a été portée sur les fonts baptismaux par cinq hommes d’État emblématiques, le Tunisien Habib Bourguiba, le Cambodgien Norodom Sihanouk, le Nigérien Hamani Diori, le Libanais Charles Hélou et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Leur préoccupation était de conserver vivaces les liens qu’une histoire et des références communes avaient créés autour d’une langue. Ce projet a rapidement débordé les contours de l’ancien empire français. De nouveaux pays sont venus rejoindre les membres fondateurs.

Organisation à vocation universelle, la Francophonie est par nature une communauté ouverte sur le monde ainsi que sur les peuples et les cultures qui la composent. Pour l’essentiel, la Francophonie entend réunir autour des valeurs de fraternité, de tolérance et d’universalité des pays très divers par leur histoire, leur culture et leur niveau de développement mais qui veulent tous affirmer leur identité dans le mouvement de mondialisation actuel. La Francophonie ne saurait donc se confondre avec l’ensemble des actions qui visent à promouvoir le rôle du français dans le monde. Elle n’est pas figée. Ses critères d’appartenance ne sont pas, contrairement au Commonwealth par exemple, conditionnés par une histoire coloniale commune. Ils n’imposent pas non plus que le français soit langue officielle dans les États qui en sont membres.

Un dispositif multilatéral rénové

Le dispositif institutionnel de la Francophonie compte des instances politiques et des opérateurs. Les instances politiques sont dominées par les conférences des chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie (les sommets) qui se réunissent tous les deux ans dans un pays différent et fixent, dans une déclaration et un plan d’action, les grandes orientations du mouvement pour les deux années à venir. La Conférence des ministres chargés de la Francophonie se réunit une fois pas ans. Elle arrête la programmation des opérateurs de la Francophonie après les sommets et se réunit également à mi-parcours et à la veille du sommet suivant. Le Conseil permanent de la francophonie (CPF), constitué des représentants personnels des chefs d’État et de gouvernement membres de l’organisation, est convoqué à intervalles plus réguliers, dès que son ordre du jour le justifie. Chargé du suivi régulier de la Francophonie, le CPF prépare le travail des autres instances politiques de la Francophonie. À côté des instances politiques et placés sous leur autorité, les opérateurs de la Francophonie sont chargés de la programmation sectorielle de l’organisation. L’Agence intergouvernementale de la francophonie est l’opérateur principal de l’organisation. Les opérateurs directs sont au nombre de quatre : l’Agence universitaire de la francophonie, l’Association internationale des maires et responsables de métropoles francophones, l’Université Senghor d’Alexandrie et la chaîne de télévision TV5 monde. Seule l’Agence intergouvernementale a une vocation généraliste. Elle est compétente dans tous les domaines à l’exclusion de ceux qui ressortissent de la compétence spécialisée d’un autre opérateur direct.

Intervenue au sommet de Hanoï en 1997, la réforme institutionnelle a eu une portée considérable car elle a permis de donner un visage à l’organisation avec l’institution d’un Secrétaire général de la Francophonie. Élu par les chefs d’État et de gouvernement pour un mandat de quatre ans renouvelable, le Secrétaire général peut être considéré comme le "chef d’orchestre" de la Francophonie : plus haut responsable de l’Agence intergouvernementale, président du conseil permanent, porte-parole politique et représentant officiel de la Francophonie au niveau international, il exerce également des fonctions éminentes en matière de coopération puisqu’il est le responsable de l’animation de la coopération multilatérale. Il propose aux instances politiques de la Francophonie, conformément aux orientations des sommets, les axes prioritaires de l’action multilatérale, en concertation avec l’Administrateur général de l’Agence de la francophonie et avec les autres opérateurs directs. Trois ans après Hanoï, la mise en oeuvre de ce nouveau dispositif institutionnel peut être considérée comme un succès.

Une communauté dynamique

En trente ans, la Francophonie institutionnelle a vu le nombre de ses membres passer de 22 à 55. La Francophonie regroupe désormais plus du quart des pays du monde (51 membres à part entière et quatre observateurs), (cf. carte).

Ses États membres abritent 10 % de la population mondiale, fournissent 10 % de la production mondiale et génèrent 15 % du commerce international. Elle est présente sur les cinq continents et constitue une mosaïque de peuples qui, par-delà leurs différences, nourrissent une ambition politique et culturelle commune : celle de bâtir de véritables États de droit et de promouvoir la diversité linguistique et culturelle.

En termes de missions, la Francophonie a également connu des évolutions profondes. Elle est désormais bien plus qu’une simple communauté linguistique et, si la langue française reste son dénominateur commun, elle véhicule, partout dans le monde, des valeurs et un message d’universalité et de démocratie. La Francophonie est un acteur reconnu du développement. La somme cumulée des interventions de ses opérateurs, auxquelles la France contribue à hauteur des deux tiers, est supérieure à un milliard de francs par an. Elle est également à l’écoute des grandes mutations internationales comme en témoigne sa percée en Europe de l’Est depuis la chute du mur de Berlin. Une part non négligeable de ce mouvement revient, enfin, au pouvoir d’attraction que conserve la langue française.

Les sommets de Hanoï (1997) et Moncton (1999) ont permis d’engager des réformes ambitieuses qui contribuent à refonder et à préciser le projet francophone. C’est ainsi que la vocation politique de la Francophonie a été consacrée. Elle s’articule désormais autour de deux priorités : l’approfondissement de la démocratie et de l’État de droit au sein de l’espace francophone et la promotion de la diversité linguistique et culturelle.

L’approfondissement de la démocratie et de l’État de droit

Sous l’impulsion du Secrétaire général, la Francophonie a confirmé cette orientation à Bamako au mois de novembre 2000 en adoptant une importante déclaration, à l’issue d’un symposium sur les pratiques de la démocratie et des droits de l’homme dans l’espace francophone. Ce symposium, qui rassemblait de nombreux responsables politiques et des représentants de la société civile, a permis de dresser un bilan contrasté et impartial de dix années de transitions démocratiques. La déclaration dote la Francophonie de termes de référence communs en matière de démocratie et de droits de l’homme. Elle prévoit des mécanismes destinés à prévenir les crises de la démocratie ainsi que des mesures graduées à l’encontre des pays connaissant une rupture de la démocratie ou des violations massives des droits de l’homme.

Le symposium a aussi adopté, à l’intention des opérateurs de la Francophonie, un projet de programme qui recense les actions de coopération à mettre en oeuvre au cours de la période 2002-2003 en matière de formation des magistrats, de consolidation des institutions juridiques et d’appui aux processus électoraux.

Plaçant clairement l’enracinement de la démocratie dans l’espace francophone au centre de l’action de la Francophonie, le symposium de Bamako a répondu aux attentes de la France qui estime que l’appartenance à l’espace francophone ne peut plus admettre d’entorses à la démocratie et d’atteintes aux droits de l’homme. Il était d’ailleurs encourageant de noter qu’à Bamako les pays du Sud ont fait leur le credo démocratique et ont été les premiers à estimer que le renforcement de l’État de droit était une condition déterminante du développement.

La promotion de la diversité linguistique et culturelle

Celle-ci vise à prévenir les risques de dérive que peut engendrer la mondialisation. L’objectif est d’éviter qu’elle ne devienne une source d’aggravation des inégalités et de négation des identités, et qu’elle soit, au contraire, un facteur de développement et de dialogue des cultures. Les États et gouvernements membres de la Francophonie estiment que les biens culturels ne sont pas réductibles à leur seule dimension économique ou marchande et que les États ou gouvernements ont le droit d’établir librement leur politique culturelle, et notamment les moyens et instruments nécessaires à leur mise en oeuvre.

C’est la raison pour laquelle les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie ont décidé lors du sommet de Moncton que le thème de leur prochain sommet serait consacré au dialogue des cultures et à la promotion de la diversité culturelle. La troisième Conférence des ministres de la Culture de la Francophonie a été organisée dans cette perspective au mois de juin 2001 à Cotonou. C’est encore pour le même motif que le mouvement francophone a engagé, depuis la Conférence ministérielle de l’OMC à Seattle, une concertation active qui a permis de réaffirmer la volonté des pays membres de promouvoir la diversité culturelle et linguistique. Cette mobilisation de la Francophonie et des autres grandes aires linguistiques concernées - arabophonie, hispanophonie, lusophonie - a facilité la prise de conscience par les pays du Sud qu’ils avaient des intérêts très concrets à défendre en matière de protection du patrimoine, de diffusion de leurs productions culturelles ou de circulation des créateurs et que la Francophonie pouvait les aider dans cette tâche. L’action de la Francophonie vise en effet à aider ces partenaires du Sud à structurer leur réflexion et à faire valoir leurs points de vue dans les instances internationales compétentes.

Une attention constante des autorités

En France, le suivi des questions relatives à la francophonie est notamment assuré par :

- les services compétents du ministère des Affaires étrangères. Ils préparent et mettent en oeuvre, sous l’autorité du ministre chargé de la Francophonie, la politique du Gouvernement en matière de francophonie.

Ils contribuent à la définition des actions menées par l’État et par les organismes intéressés au développement de la francophonie et de la langue française ;

- le Haut Conseil de la francophonie. Présidée par le chef de l’État, cette institution est composée d’une quarantaine de membres originaires de tous les continents qui se réunissent au cours d’une session annuelle sur un thème choisi par le président de la République. Le Haut Conseil de la francophonie organise, par ailleurs, de nombreux séminaires de réflexion sur des thèmes liés à la Francophonie et publie un rapport annuel sur l’état de la Francophonie dans le monde.

Pour en savoir plus :

Le site internet du ministère des Affaires étrangères
www.diplomatie.gouv.fr
Le site internet du Haut conseil de la francophonie
www.hcfrancophonie.org
Le site internet de l’Organisation internationale de la Francophonie
www.francophonie.org
Le site internet de l’Agence intergouvernementale de la francophonie
http://agence.francophonie.org

Source : Images de la France (SIG)

Dernière modification : 09/03/2004

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