France – Asean : Une relation placée au service d’une géopolitique de l’égalité

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Mme Catherine Colonna, ministre déléguée aux Affaires européennes de la République française

Dans les années à venir, l’Asie et l’Europe sont appelés à travailler ensemble à l’émergence de pôles de stabilité au service d’une mondialisation mieux maîtrisée. L’Asie jouera un rôle de plus en plus fort dans les grands équilibres politiques du monde, à la hauteur de son rôle croissant dans les échanges commerciaux et l’économie de la connaissance. Nos liens sont anciens, ils bénéficient d’une expérience commune née au fil des années. 30 ans après la signature à Bali du Traité d’Amitié et de Coopération en Asie du Sud-Est, acte fondateur de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN), la France adhère à ce Traité. J’ai souhaité me rendre à Cebu, aux Philippines, où va se dérouler le sommet de cette importante organisation. Ce voyage s’inscrit dans la continuité de celui du Président de la République en Thaïlande, en février 2006, au cours duquel avait été annoncée cette importante décision.

Par ce geste, la France veut adresser un témoignage d’amitié et, de fraternité aux pays membres de l’ASEAN avec lesquels elle a entretenu depuis longtemps des liens forts et privilégiés. Par ce geste, la France entend montrer que la stabilité de l’Asie passe par la reconnaissance du rôle de l’ensemble des acteurs du continent : la Chine, l’Inde et le Japon, mais aussi les organisations régionales. Avec ses 550 millions d’habitants, l’ASEAN est en effet aujourd’hui l’une des régions les plus dynamiques au monde. La France, qui a des liens historiques particulièrement étroits avec l’Asie du Sud-Est, ne pouvait rester à l’écart de cette nouvelle donne géopolitique.

En ce début de XXIe siècle, une part de l’avenir de la France et de ses partenaires européens se joue en Asie du Sud-est. Les pays de l’ASEAN sont confrontés à d’importants défis qui sont des sources de déstabilisation globales : la pauvreté et les écarts de développement, le terrorisme, la piraterie, les pandémies ou les maladies infectieuses émergentes. Dans un monde globalisé, ces fractures ont des incidences sur la paix et la sécurité : ils ne connaissent ni les frontières, ni les limites juridiques. Un tiers du commerce mondial transite par le détroit de Malacca ; les flux de pétrole dans cette région sont presque trois fois supérieurs à ceux qui empruntent le canal de Suez. Plus qu’un horizon lointain, l’Asie du sud-est est aujourd’hui un maillon essentiel dans la globalisation des échanges et dans les relations politiques entre les Etats.

Dans cette région, la France mène une politique centrée sur deux priorités : l’appui au développement économique et politique, le renforcement de l’intégration dans un ensemble continental plus vaste permettant d’affronter les crises humanitaires ou économiques.

C’est ce qui conduit la France, sur les plans bilatéral et multilatéral, à privilégier une politique de coopération à caractère régional. Notre engagement en Asie du Sud-Est s’inscrit donc dans une démarche d’intégration élargie, à l’image du NEPAD en Afrique, afin de favoriser le développement durable et la stabilité politique de ces pays.

Aussi, la France est particulièrement fière d’être le premier pays de l’Union européenne à adhérer au Traité d’Amitié et de Coopération en Asie du Sud-Est. Pourtant, nous sommes convaincus que c’est à l’échelle de l’Union européenne que le partenariat avec l’Asie du Sud-Est trouvera sa pleine efficacité. Je me réjouis de la volonté exprimée par M. Javier Solana, qui a annoncé la disponibilité de l’Union européenne à adhérer au Traité de l’ASEAN.

La France est depuis longtemps persuadée que l’Union européenne dispose de la légitimité nécessaire pour prendre la place qui lui revient dans les différents forums de coopération et de dialogue en Asie. Afin de mieux organiser et de mieux maîtriser les effets de la mondialisation, il importe de promouvoir un nouvel équilibre entre plusieurs pôles, garants de la stabilité du monde. La réalité des échanges plaide en ce sens. Le programme de coopération de l’Union avec l’ASEAN est d’une plus grande ampleur que ceux qu’elle entretient avec le Japon ou les Etats-Unis. L’Union est le troisième partenaire commercial de l’organisation. Enfin, sur le plan politique, l’Union européenne a participé à la mission d’observation de l’accord de paix d’Aceh en Indonésie aux côtés des pays de l’ASEAN. Cette mission, qui a mobilisé 128 observateurs issus de l’Union européenne, a contribué à la résolution un conflit ancien et meurtrier. L’essor de cette coopération et d’un dialogue confiant entre l’ASEAN et l’UE permettra également de progresser dans les processus de démocratisation à l’œuvre dans des sociétés complexes et pluriethniques. La persistance de la « question birmane » et le récent coup d’Etat en Thaïlande sont là pour nous rappeler le chemin qui reste à accomplir dans ces domaines.

L’adhésion de la France au Traité d’Amitié et de coopération de l’ASEAN est donc placée au service d’une nouvelle ambition pour les relations euro-asiatiques. Fondée sur l’importance des échanges, confiante dans les capacités des organisations régionales, garantie par le respect des principes du multilatéralisme, elle se veut paritaire et équilibrée. A bien des égards, c’est une nouvelle architecture dans les rapports entre puissances qui se dessine dans la coopération étroite et régulière entre des pôles de stabilité régionaux comme l’Union européenne et l’ASEAN. La France entend apporter toute sa part à cette « diplomatie de l’équilibre ».

Catherine Colonna, ministre déléguée aux Affaires européennes de la République française

Dernière modification : 15/01/2007

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