Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

Le texte de la Déclaration des Droits de l’Homme rédigé dans un délai très court a servi de référence à de nombreux mouvements de libération tout au long des XIXe et XXe siècles. Il a notamment inspiré les auteurs de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1946.

Décret présentant la première Constitution française, suivie de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Dans l’enthousiasme de l’unité nationale retrouvée, l’Assemblée Constituante vote le 26 août 1789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. C’est un texte de 17 articles précédé d’un Préambule, rédigé par Jean-Joseph Mounier et Mirabeau qui fut placé en tête de la Constitution du 3 septembre 1791. La Déclaration n’est pas une copie des déclarations américaines, elle s’inspire des réflexions de la philosophie des Lumières et en particulier d’auteurs comme Locke, Voltaire, Montesquieu et Rousseau. Certes, les déclarations antèrieures ont eu une grande influence sur les rédacteurs français. Mais l’originalité de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen est d’avoir été conçue pour réunir des valeurs éternelles et universelles. Elle a donc rencontré dès sa publication un grand retentissement dans le monde occidental.

La Déclaration a été considérée assez longtemps comme une déclaration de principe à portée symbolique, dépourvu de force juridique. Il a fallu attendre le lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour que la Déclaration des droits de 1789 soit inscrite au préambule de la Constitution de la IVe république, accompagnée de dispositions nouvelles en matière de droits économiques et sociaux.

Les articles les plus souvent utilisés sont :

l’article 6 :
égalité devant la loi et devant la justice

l’article 8 :
principes de non-rétroactivité des lois pénales, de nécessité et de proportionnalité des peines.

l’article 11 :
libre expression et libre communication.

l’article 13 :
égalité devant les charges publiques.

l’article 17 :
droit de propriété.

La Déclaration est devenue l’un des textes les plus fréquemment invoqués par les juges constitutionnels comme par les parlementaires. Plus de la moitié des décisions intervenues dans le cadre du contrôle de constitutionnalité des lois sous la Ve République font référence à des dispositions de la Déclaration des Droits. Ainsi, ce texte, vieux de plus de deux cents ans, garde-t-il une place incontournable dans le fonctionnement de la démocratie française.

Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen

Décrétés par l’Assemblée Nationale dans les séances des 20, 21, 23, 24 et 26 août, 1789, acceptés par le Roi.

Préambule

Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des Droits de l’Homme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les Droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme, afin que cette Déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés ; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.

En conséquence, l’Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être-Suprême, les droits suivants de l’Homme et du citoyen :

Article premier.

Les hommes naissent et demeurent libres, et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Article 2.

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.

Article 3.

Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut l’exercer d’autorité qui n’en émane expressément.

Article 4.

La liberté consisté à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Article 5.

La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n’est pas défendu par la loi, ne peut être empêché ; et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.

Article 6.

La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.

Article 7.

Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu’elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi, doit obéir à l’instant : il se rend coupable par la résistance.

Article 8.

La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires ; et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.

Article 9.

Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne, doit être sévèrement réprimée par la loi.

Article10.

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.

Article 11.

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement ; sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi.

Article12.

La garantie des droits de l’Homme et du Citoyen nécessite une force publique. Cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

Article 13.

Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

Article 14.

Tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes, ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique ; de la consentir librement ; d’en suivre l’emploi ; et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

Article 15.

La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.

Article 16.

Toute société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution.

Article17.

La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul le peut en être privé si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment ; et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.

Dernière modification : 04/07/2013

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